On nous demande souvent en visite : « Alors, c’était une bonne année ? »
Mais peut-on vraiment parler de « bonnes » ou « mauvaises » années dans le vin ?
Spoiler : la réalité est plus nuancée et compliqué qu’il n’y paraît.
Déjà, qu’est-ce qu’une bonne année ?

Un grand millésime réunit généralement plusieurs critères :
- Maturité optimale et homogène des raisins
- Bon équilibre sucre / acidité
- Concentration naturelle et harmonie des arômes
- Météo clémente à des moments cruciaux du cycle végétatif
- Potentiel de garde élevé
Certaines années, comme 2010, 2016, 2018, 2020 ou encore 2022 dans de nombreuses régions, sont souvent citées comme des références. Mais toutes les années qui ne sont pas exceptionnelles ne sont pas nécessairement « mauvaises ».
Alors, qu’est-ce qu’une mauvaise année ?
Un vigneron peut qualifier une année de mauvaise lorsqu’elle présente :
- Pression accrue des maladies
- Stress climatique (gel, grêle, excès de pluie ou de sécheresse)
- Perte de récolte ou travail plus complexe
Cela ne signifie pas que le vin sera mauvais mais que les conditions ont été difficiles. Les vins issus de ces années peuvent être certes :
- Moins structurés ou moins concentrés
- Avec un potentiel de garde plus court
…mais aussi plus accessibles, frais et plaisants à boire rapidement.

Les facteurs qui influencent la perception d’un millésime
La notion de « bonne » ou « mauvaise » année dépend donc de plusieurs éléments :
- La météo : chaque variation climatique influence directement la vigne et la maturation du raisin.
- La quantité : de faibles rendements peuvent faire qualifier une année de « difficile » pour le vigneron, même lorsque la qualité des raisins est au rendez-vous.
- Le style du vin : nous n’attendons pas les mêmes caractéristiques d’un vin blanc, d’un rouge ou d’un rosé. Chaque type de vin possède ses propres équilibres et ses besoins climatiques. Ainsi, une année jugée moyenne pour une couleur peut produire d’excellents vins pour une autre, parfois au sein d’un même vignoble.
- La presse et les notes : les critiques et les classements influencent souvent la réputation d’un millésime, généralement selon un style dominant (puissance, concentration, potentiel de garde).
- Les attentes des consommateurs : certains recherchent puissance, concentration et capacité de garde. D’autres privilégient au contraire de plus en plus la fraîcheur, la légèreté et la buvabilité immédiate. Une année jugée « légère » pourra ainsi décevoir les amateurs de vins puissants tout en séduisant ceux qui préfèrent des vins souples et digestes.
- La région : la perception d’un millésime dépend également du lieu. L’effet millésime est souvent plus marquée dans l’hémisphère nord, où les variations climatiques influencent davantage le style des vins.
Cas concret : Le millésime 2024, une année éprouvante
Dans certaines régions, 2024 a été marquée par un climat instable : précipitations importantes à des moments clés, mildiou, millerandage, alternance de beau temps et d’orages.
Pour autant, malgré ce que l’on a pu entendre, ce millésime est loin d’être catastrophique :
- Les raisins blancs ont bénéficié de températures modérées et d’une faible contrainte hydrique, préservant leur potentiel aromatique et leur acidité. Les vins sont frais, fruités et complexes.
- Les merlots apparaissent fruités et accessibles, sans la densité des grands millésimes précédents il faut l’admettre, mais plaisants.
- Les cabernets, là où les conditions étaient favorables, ont donné couleur, structure et profondeur aux assemblages.
Les données climatiques confirment qu’il s’agit d’un millésime particulièrement pluvieux. Dans un vignoble comme Bordeaux, fortement influencé par l’océan, ces conditions rappellent à quel point la viticulture reste exigeante et dépendante du climat.
Même si 2024 ne restera probablement pas comme un millésime gravé dans les annales, il mérite d’être goûté et apprécié pour ce qu’il est.
En résumé, même une année difficile peut produire des vins séduisants et reconnus, à condition d’un travail rigoureux et de techniques adaptées. La preuve : nous avons obtenu cette année deux médailles d’or au Concours Général Agricole de Paris pour le Château d’Eyran Blanc 2024 et le Bastian Réserve 2024. Pas si mal pour une « mauvaise année » , non ?

Conclusion : mythe ou réalité ?
Oui, certaines années sont exceptionnelles.
Oui, certaines années sont difficiles.
Mais aujourd’hui, grâce au savoir-faire et aux progrès techniques, les véritables « mauvaises années », au sens de vins objectivement ratés, sont devenues rares.
La perception d’un millésime c’est surtout relatif et dépend :
- Du point de vue (vigneron, critique, consommateur)
- Des attentes personnelles
- Du style de vin recherché
- Du moment de consommation
Au final, dans le vin comme ailleurs, c’est souvent une question de goût et de couleur !


